Un jour à la fois, un pas devant l’autre. J’observe mes différents personnages, ces marionnettes qui ne savent que réagir. Je les intègre. Je ne cherche plus la validation chez autrui. J’accueille la douleur, une vieille douleur.
Celle qui n’était jamais assez, celle qui s’échappait dans les rêveries, celle qui inventait le pays de l’amour. J’étais, je suis et je serai cette enfant.
J’ai, dés ma naissance, été le cheveu dans la soupe. Le secret à cacher, l’indigne de la lignée. Les hommes violents de ma mère et moi, le fruit d’un adultère. J’avais une grand-mère maternelle, qui dés le départ me voyait en petit laideron diabolique, tachée de rousseur, à rejeter, à casser comme un miroir maudit et une mère meurtrie, une assoiffée d’amour aveugle, une marionnette, elle aussi. Elle n’a pas su nous protéger des prédateurs. Comment aurait-elle pu, en proie idéale ?
Je n’ai pas connu de bras aimants. Je m’inventais des dieux protecteurs et des anges qui veillaient. Je crois que du plus loin que je me souvienne, je me suis dissociée pour survivre, je parlais avec le vent, le soleil, je créais, j’adorais danser et écrire.
Je n’ai jamais connu l’amour, une part de moi ne s’en est jamais sentie digne. J’ai beau en être consciente, mais je pleure comme un bébé inconsolable, dés que j’y pense.
Le « je ne suis pas digne d’amour » qui me colle comme une seconde peau. J’ai été pétrie dans cette idée. J’ai même des lunettes « indigne d’amour ».
Quand je regarde le monde je fais tout pour lui plaire, il est si facile de me contrôler. C’est une blessure avec plein de fil, c’est la blessure de la marionnette. Alors bien sûr, j’ai tout de suite pigé que l’amour n’était pas mon truc, j’ai fermé mon cœur cherchant chez l’autre la preuve que j’étais tellement indigne d’être aimée et j’ai trouvé de très bons acteurs.
C’est un petit bout là, tellement créatif, un petit bout là, que je voudrais serrer tout contre moi. Ce petit bout que je vais sortir de l’ombre. Si vous saviez comme elle est belle cette petite fille, si vous saviez les histoires qu’elle me raconte. Son coeur pure, une petite fleur des champs si effrayée par la vie, qu’elle s’est verrouillée pour ne plus sortir. Elle s’est blottie au plus profond d’un terrier noir, sous la Terre et la terreur aussi. C’est elle qui peint quand je m’efface. Je suis la femme forte qu’elle a imaginée et qui pratique la survie avec brio, la louve.
Parfois, il m’arrive de l’approcher, de lui parler de son futur, de lui dire qu’un jour on se retrouvera. Je crois bien qu’elle m’entend parfois, je m’en souviens. Je me souviens de ces frissons remplis d’amour que j’ai ressenti comme une caresse, dans ses jours sombres. Je m’écris souvent dans l’espace temps, comme une bouteille que l’on jette à la mer, à la mère…
J’apprivoise ma vieille en devenir, une belle trinité enfin unifiée. Je n’ai plus l’âge des framboises. Les feuilles d’automne dansent et le vent semble joyeux. Je serai légère, promis.
Texte 03/11/2025,
Toile 2020 « La clé d’or »
Par Lunamorphose
