Tétanisée

Beowulf, Le désert, Les tourments

Être mis en incapacité, en proie à une affliction particulière.

Je ne bouge plus. Je n’ai plus envie. J’ai juste envie de crier.

Pas un mot de réconfort, pas un mot de guérison pour apaiser ma peine. Pas un mot pour m’aider à te quitter, sans trop souffrir. Le silence, rien que le silence après quatre mois d’échanges quotidiens.

Rien, il ne reste rien. Tu n’as même pas bronché, même pas résisté un peu, comme si mon choix venait de toi, comme si tu me l’avais soufflé à l’oreille. J’ai décidé de ne plus me donner à toi parce que tu ne pouvais m’offrir un amour entier, un amour. Et toi, tu m’offres le couteau pour m’achever : Le silence.

Tu aurais pu m’aider à transformer notre histoire, à me sortir du drame, à me faire relativiser, à me dire que je trouverai une autre histoire, plus vibrante, plus entière, me demander pardon de ne pouvoir me combler, de ne pouvoir m’offrir l’amour et la présence que je mérite, me dire que c’est mieux comme ça, que nous pourrons échanger jusqu’à ce que je me retrouve dans mon équilibre, mon centre. Me détacher tranquillement de ton corps, qui était en moi il y a moins d’une semaine. M’apaiser, me demander comment je me sens, t’inquiéter de mon sort, de ma solitude. Tu aurais pu me proposer ton amitié.

Rien, le silence. Tu aurais pu répondre à mon unique message qui se voulait comme une main levée au dessus de ma tristesse. Toi, tu as repris le cours de ta vie de petit bourgeois libertin avec sa petite bourgeoise. T’as consommé le produit de ton désir et puis c’est tout. Le jouet ne marche plus alors on le jette. Il y a des douleurs dont je ne veux plus. Celle-ci, j’en avais pas besoin. Il n’y a plus rien.

Avant toi, j’avançais dans ma nuit noire de l’âme, pas beaucoup, mais chaque pas était une victoire. Chaque pas était un pas de plus vers la lumière. Tu es arrivé et tu as allumé un incendie en moi, un feu que je ne pensais plus possible, un feu dont je ne voulais plus. Je voulais m’enflammer pour la vie, pour moi, pour être la seule à porter ma couronne de laurier. Je voulais être fière de mon chemin et de ma flamme. Je voulais danser avec et pour le soleil.

On t’a placé comme un pion sur ma route. Un pion de l’adversaire, un pion pour me renvoyer dans la nuit et j’ai joué sur l’échiquier comme une bleue. Il est doué l’adversaire pour nous couvrir d’illusions avec nos faiblesses. Pour nous couper en deux, nous fracasser de l’intérieur.

À l’écriture de ce texte, je me sens mieux. L’adversaire ne sait pas que l’on ne peut me fracasser. Je suis comme l’eau informe et multiforme. Si l’on m’embrase, je m’évapore, si l’on m’enferme dans un récipient, je croupis en surface mais j’ai une rivière sous la rivière, goutte à goutte je retourne dans le sol poreux, puis dans le torrent insaisissable et puissant. Je l’entends gronder dessous la terre, il a beaucoup plu cet hiver. Je vais me concentrer sur le torrent qui gronde et reprendre le chemin de mon atelier.

Toi, tu peux retourner sur ton échiquier jouer avec tes ombres.

Demain, tu ne seras plus jamais dans mon esprit, tu seras une ombre projetée sur un mur, une marionnette dans ton monde.

Ce soir, ici et maintenant, tu sors de moi à jamais.

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